CIRCUS

Pour sa nouvelle saison, le Frac Centre-Val de Loire réunit artistes, designers et architectes autour de l’univers du cirque.
Le projet « CIRCUS » présente un film et des photographies sur le Cirque Calder, des architectures de cirque et des architectures foraines de Patrick Bouchain issues de la collection du Frac Centre-Val de Loire, un parcours typographique de Fanette Mellier, une scénographie sobre et joyeuse de Morgan Fortems, et enfin une danse partagée du Collectif ÈS.
« CIRCUS » est une manifestation associée du projet « AR(t]CHIPEL – Calder au cœur de la France », déployé dans quinze lieux du territoire et organisée par la Région Centre-Val de Loire, en partenariat avec le Centre Pompidou.
Pensée comme un espace de dialogue entre les disciplines, l’exposition envisage le cirque moins comme un thème que comme une manière de faire : construire ensemble, mettre les formes en mouvement, jouer avec l’équilibre, l’espace et le regard. De l’architecture au graphisme, de l’image à la danse, « CIRCUS » fait ainsi du lieu d’exposition un terrain d’expérimentation, où les œuvres se répondent et invitent le public à circuler d’un univers à l’autre.
Et parce que, comme au cirque, rien ne se fait seul, plusieurs ateliers, rencontres et manifestations culturelles ponctueront l’exposition jusqu’à sa clôture en mars 2027.
Alexander Calder
André Kertész, Alexander Calder dans son atelier parisien lors d’une représentation du Cirque, 1929 © Archives André Kertész, ministère de la Culture (France), Médiathèque du patrimoine et de la photographie (MPP) © Calder Foundation, New York / ADAGP, Paris, 2026Des fils de fer, des bouchons de liège, des morceaux de tissu et quelques ficelles. Entre les mains d’Alexander Calder, ces matériaux ordinaires deviennent un monde en mouvement. Acrobates, clowns, dompteurs et animaux prennent vie dans son cirque miniature qui tient en quelques valises et s’installe partout. Il suffit d’une piste improvisée, de bancs et d’un public rassemblé.
Conçu à partir de 1926 dans son modeste atelier parisien, le Cirque Calder est bien davantage qu’un ensemble de figurines articulées. D’abord imaginé comme un divertissement, le Cirque devient un laboratoire de formes où naissent les principes qui irrigueront tout son travail : le mouvement, l’équilibre, la tension, le jeu avec la gravité, l’animation de la sculpture.
Le Cirque Calder est également considéré comme l’un des premiers exemples de performance artistique. À travers une vingtaine de numéros et plus de 200 personnages et accessoires, l’œuvre, pensée comme un spectacle, n’existe pleinement que lorsqu’elle est activée. De part et d’autre de l’Atlantique, les représentations rencontrent un véritable succès ; le Cirque devient rapidement la carte de visite de Calder auprès de la scène artistique parisienne de l’entre-deux-guerres.
Patrick Bouchain
Conçue à partir des archives dont Patrick Bouchain a fait don au Frac Centre-Val de Loire en 2016, l’exposition « CIRCUS » réunit douze projets conçus pour l’univers du cirque ou qui en empruntent certaines façons de construire, de faire et d’habiter.
Du Théâtre Zingaro au Channel, de l’Académie Fratellini au Centre Pompidou mobile, les chapiteaux de toile, de bois et de métal accueillent ici autant les arts du cirque et de la scène, que les chefs-d’œuvre de l’histoire de l’art ou encore les écoliers d’une ville en plein essor démographique.
Que la commande émane des artistes, comme pour la Volière Dromesko ou encore le Théâtre du Centaure, d’une commune – l’École foraine de Saint-Jacques-de-la-Lande –, d’institutions culturelles ou encore des habitants – Le Plus Petit Cirque du Monde –, elle répond à chaque fois à un contexte et à une situation singulière incarnés par une grande diversité de formes et d’organisations architecturales.
« Pour qui construire ? » – plutôt que « Que construire ? » – est la question qui a guidé chacun des projets présentés ici.
Pendant près de quarante ans, Patrick Bouchain n’a en effet cessé de déplacer les frontières de sa discipline. Préférant s’attacher aux usages et aux appropriations des lieux plutôt qu’à leur forme, il a progressivement créé des situations où artisans, artistes, étudiants, voisins et commanditaires fabriquent ensemble des espaces en constante évolution et à même d’accueillir les humains comme les animaux. Ces lieux partagent par ailleurs une même attention au « déjà là », à la mobilité, au provisoire, qui parfois devient pérenne, à l’économie de moyens, aux savoir-faire.
Patrick Bouchain – Agence Construire, Le Plus Petit Cirque du Monde, Bagneux, 2012. Courtesy PPCMAutour des maquettes, des dessins et des photographies présentés dans l’exposition, les archives donnent ainsi autant à voir les bâtiments, construits ou non, que les discussions, les négociations, les collaborations et même les fêtes qui constituent la conception des lieux et le véritable chantier de chaque projet.
Comme au cirque, rien ne se fait seul, et l’exposition témoigne aussi de l’histoire d’une façon de faire qu’il a transmise aux jeunes architectes avec qui il a coopéré, notamment au sein de l’agence Construire, et qui aujourd’hui la rejouent, l’interrogent et la réinventent au gré des projets qui leur sont confiés.
Le cirque devient ainsi chez Patrick Bouchain une méthode pour concevoir et pratiquer une architecture qu’il qualifie de « foraine » : vivante, partagée, en mouvement permanent.

Fanette Mellier
Fanette Mellier est une graphiste française diplômée de l’École des arts décoratifs de Strasbourg en 2000. Elle développe une pratique à la croisée du design graphique et de l’expérimentation artistique, à travers des livres, affiches, objets, installations et projets dans l’espace public. Ses recherches portent notamment sur la typographie, la couleur, les techniques d’impression et le rapport entre le signe et son environnement. Pensionnaire de la Villa Médicis en 2012-2013, elle mène des projets personnels et collabore avec des écrivains, musiciens et scénographes. Pour le projet « CIRCUS », présenté au Frac, Fanette Mellier réactive sur les murs une installation du même nom, réalisée en 2008 pour le Festival international du graphisme de Chaumont.
À partir d’un court texte de Laure Limongi, elle y a proposé un parcours de lecture à travers la ville, répartissant chaque mot sur des affiches installées dans l’espace public. Composées à partir d’une trame typographique et de formes géométriques colorées, les lettres – une par affiche – se révèlent à mesure de la distance prise par le regardeur et entrent ainsi en dialogue avec l’architecture et les paysages urbains. Au Frac Centre-Val de Loire, « CIRCUS » se déploie dans les espaces de circulation où signes et lettres orientent les visiteurs entre les différentes galeries d’exposition, tout en les engageant progressivement dans l’univers joyeux du cirque.

Le Collectif ÈS
Le Collectif ÈS, porté par Sidonie Duret, Jérémy Martinez et Émilie Szikora, prend la direction du Centre chorégraphique national d’Orléans en 2025 et y développe un projet artistique et culturel enraciné dans le collectif. ÈS est une préposition qui signifie « en matière de ». Elle est toujours suivie d’un pluriel et donc d’une multiplicité, comme celle que le trio cherche dans l’idée du collectif. La création est appréhendée comme une fabrique partagée pour proposer des objets issus du nous, cultivant la joie et faisant se rencontrer l’histoire de la danse contemporaine avec celles des histoires intimes de chacun. Pour l’exposition « CIRCUS », leur volonté est de déployer un projet à l’image de leurs convictions : joyeux, physique, populaire et citoyen. Les Turbulences sont un espace de vie idéal pour expérimenter ces notions précieuses d’altérité, d’élan collectif et de rassemblement. Ainsi, le trio s’associe aux élèves de 5e du collège Alice et Jean Pelletier, dans le cadre du Jumelage Quartier de Culture avec les Blossières, avec le projet J’peux pas, j’ai Circus !. Nourris par l’univers de l’exposition, les jeunes composent leur propre partition chorégraphique. Accompagnés par les artistes, ils deviennent de véritables « maîtres à danser ». Lors de la restitution publique, la troupe fait du Frac un lieu où l’on vient se relier, danser et faire la fête !

Morgan Fortems
Diplômé en architecture, écologie et multimédia, Morgan Fortems travaille principalement en tant que scénographe, designer graphique et directeur artistique. En parallèle de ses activités professionnelles et artistiques, il est constamment engagé dans des projets collaboratifs en faveur de la diffusion et de la création contemporaine. Il a participé à des groupes de réflexion, dirigé de nombreux événements et coordonne au quotidien My Monkey (Nancy), galerie
et lieu de création partagé qu’il a fondé en 2003. Il est également en charge de l’atelier de recherche Réparer la ville à l’École nationale supérieure d’art et de design de Nancy. En 2025, au Frac Centre-Val de Loire, Morgan Fortems avait relevé le défi de réaliser une scénographie 100 % réemploi pour l’exposition « Des villes pour vivre, Yona Friedman ». Pour l’exposition « CIRCUS » il pioche cette fois dans l’ensemble des stocks de matériel remisé, ou encore d’éléments scénographiques disponibles, pour présenter les maquettes, dessins et archives des projets du cirque, conçus par Patrick Bouchain. Là encore, la scénographie entre en écho avec les valeurs et méthodes qui ont guidé les projets présentés.