Hernan Diaz Alonso

Architectural Beast, 2019

Avec Atelier Manferdini (Elena Manferdini), BairBalliet (Kelly Bair, Kristy Balliet), Florencia Pita & Co, Griffin Enright Architects (Margaret Griffin, John Enright), Damjan Jovanovic, Alberto Kalach, Ferda Kolatan - su11 architecture + design, Fabian Marcaccio, Lucy McRae, P-A-T-T-E-R-N-S (Marcelo Spina, Georgina Huljich), Casey Rehm, Ruy Klein (David Ruy, Karel Klein), servo, Testa & Weiser Inc. (Peter Testa, Devyn Weiser), Tom Wiscombe, Liam Young

« Dans tout processus d’évolution, il existe une période d’extrême contamination qui offre la possibilité aux trajectoires des espèces d’entamer leur mutation. Au cours des trente dernières années, le domaine du design a connu de multiples changements de paradigme générés par le surgissement de nouvelles méthodologies. Ces dernières découlaient principalement des nouvelles technologies, mais également d’une série d’évolutions culturelles, chacune entraînant une réorganisation de la culture du design, de l’architecture et de l’art, tout en transgressant l’ordre ancien jusqu’à le rendre historique et obsolète.

Aujourd’hui, peut-être plus que jamais auparavant, nous partageons un langage technique qui circule d’une discipline à l’autre, altérant ainsi les schémas de certaines branches du savoir qui étaient autrefois distinctes les unes des autres. De nombreuses pratiques – l’art, l’architecture, la mode, le cinéma, la musique – explorent des ambitions similaires, des idées se propagent à travers et parmi elles. La notion même de figure auctoriale est en pleine fluctuation.

Cette exposition signale et encourage ce phénomène. Elle cherche à tracer un chemin à travers une jungle de similitudes esthétiques et conceptuelles pour mieux y provoquer la contamination. Grâce à l’intelligence artificielle, les œuvres présentées seront sujettes à un perpétuel état de transformation et de mutation. L’exposition rassemble un ensemble de pratiques essentielles, principalement issues de l’architecture mais aussi de l’art et de la mode, de façon à révéler différentes facettes de l’étrange créature que ces changements tumultueux de paradigme survenus au cours des dernières décennies ont engendré.

Chaque personne participante est invitée à présenter un projet, principalement sous la forme d’une seule image : non pas le plus beau ou le plus réussi de leur travail, mais le plus étrangement spéculatif, inconfortable et irrésolu, celui qui hante leur pratique. C’est une exposition qui suscite l’irritation.

Ces projets peuvent représenter le devenir de la pratique, l’avenir de notre monde, un futur alternatif de l’un ou de l’autre, un futur possible (qu’il est potentiellement préférable d’éviter), une bombe qui n’a pas encore explosé, un faux départ ou une idée vraiment terrible qui refuse d’être avortée. Ces projets représentent le moment de la contamination lorsqu’un paradigme fraîchement imaginé devient enfin identifiable dans l’acte de sa transformation en quelque chose de nouveau – et encore non identifié – un échantillon des ébauches orphelines pour ce qui pourrait encore se révéler être une mutation réussie.

Ces œuvres, présentées de la manière la plus simple possible, composent la moitié de l’exposition. La seconde moitié contaminera alors ces contaminations avec une logique technique étrangère, générant d’autres mutations et proposant l’évolution comme une répétition scénique : brute, invisible et non destinée à la présentation publique. Nous exploitons ici des modèles contemporains d’intelligence artificielle pour générer des spéculations architecturales en constante évolution sur la base de ces projets. Deux modèles de réseau de neurones seront verrouillés dans un jeu continu de compréhension et de production, utilisant l’apprentissage automatique pour interagir avec les œuvres sélectionnées. Le premier réseau est conçu pour lire et comprendre l’intention architecturale uniquement par le biais de l’image. Ce modèle explorera la capacité des systèmes non humains à trouver de nouveaux points communs ou classifications architecturales entre des projets de design disparates. Pour ce faire, il faut procéder à une analyse formelle directe et donc à une absence systématique du discours théorique traditionnel. Le deuxième réseau s’appuiera sur les programmes synthétisés du premier afin de générer de nouvelles provocations et imageries architecturales. En bref : le premier comprend, le second conçoit. Au cours de l’exposition, ces deux partenaires non humains évolueront sans cesse vers de nouvelles formes, oscillant entre l’expression du contenu sous-jacent des œuvres choisies (tel que le comprend une entité non humaine) et l’exploration d’une imagerie mutée qui interroge notre compréhension du sens et des formes, tout en extirpant l’œuvre des notions traditionnelles de la figure auctoriale et de l’intention.

Dans cette exposition, un ensemble radical de contaminations irrésolues et dissemblables d’une pratique acceptée sera lui-même contaminé par l’irruption d’un seul langage technique interdisciplinaire, l’IA, dans l’espoir de glaner un bref aperçu des résultats évolutifs plus étranges que ce que l’on aurait pu attendre, insensible à nos désirs et loin du fantasme eugéniste. Le produit ni d’une adaptation, ni du « dessein intelligent » ; une bête et dans l’idéal, après de nombreux échecs, la vie, d’une certaine façon. »

Hernan Diaz Alonso

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