Ce fut le cas de la scène espagnole explorée à l’occasion de la première Biennale aboutissant à la grande exposition Madrid, octobre 68 pour voir l’œuvre de Segui de la Riva et Buenaventura rejoindre la collection. C’est aussi le cas de Arquitetura Nova, le mouvement radical brésilien des années 1960, et du groupe USINA, son pendant contemporain, qui rejoignent la collection à l’occasion de la deuxième édition et ouvrent l’exploration future de cette partie du globe. Ou encore l’exposition L’étrangère sur terre qui a permis d’explorer les mouvements radicaux en art et en architecture des mondes arabes.

Parallèlement à la quête de décentrement, nous avons entamé l’exploration des chemins autres qu’a pris l’expérimentation en architecture, spécifiquement à l’échelle du réel. C’est le cas de l’œuvre de Patrick Bouchain, dont le fonds a rejoint la collection avec l’exposition Tracer, transmettre ; l’œuvre de Fernand Pouillon avec l’exposition Mes réalisations parleront pour moi, l’expérience de la « Jungle de Calais », qui fut à bien des égards l’aboutissement d’« une utopie réaliste », est elle aussi partie prenante de la collection avec l’œuvre du PEROU et de Nidhal Chamekh.

Tout en continuant l’entreprise de déterritorialisation de la collection, 2021-2024 verra la naissance d’une fabrique du réel. Notre objectif sera d’aller vérifier l’agentivité de l’œuvre dans le monde selon un chemin que nous désignerons par l’architecture de l’errance.

Abdelkader Damani

Reconnue internationalement, la collection du Frac Centre-Val de Loire offre une traversée inédite des expérimentations artistiques, architecturales et urbaines, rivalisant avec les plus grandes collections du monde (Centre Pompidou-MNAM à Paris ; MoMA à New York ; CCA à Montréal ; DAM-musée d'Architecture à Francfort). Elle est cependant la seule à proposer une cartographie internationale de la recherche architecturale et de ses relations à la création artistique depuis les années 1950. La synthèse des arts, l’architecture radicale, la déconstruction et les recherches en matière de technologies numériques sont les repères autour desquels la collection s’est construite. Bien que les mouvements radicaux et l’expérimentation soient fortement représentés, la collection restait empreinte d’une géohistoire européenne et nord-américaine.

Depuis 2015, le projet artistique a eu pour perspective d’ouvrir la collection à de nouvelles géohistoires de l’art (Afrique, mondes arabes, Amérique latine), et de faire des migrations disciplinaires un principe articulant l’ensemble des actions. Il s’agit de concevoir une institution culturelle et artistique, et une collection, comme un atlas qui autorise les collisions disciplinaires, temporelles, géographiques et stylistiques, et non plus comme un album dont le processus est de créer les conditions de convergence du semblable et de l’attendu. La question est alors de s’entendre sur la place de l’étranger, de l’étrange - dans le paysage d’une collection, les expositions, la médiation et les actions hors les murs - en lieu et place du commun, du semblable ou du familier.

La Biennale d’Architecture d’Orléans fut, dès sa fondation en octobre 2017, le lieu où se dessine la géohistoire future de la programmation tout en alimentant sa géohistoire passée – la collection. Définie depuis sa naissance comme une biennale de collection, l’événement est le territoire des acquisitions. Il en est de même de la programmation artistique de la saison qui suit chaque édition.