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Raimund Abraham

©François Lauginie

  • Hinge-Chair, 1971
  • Sequence (kinetic transformation)
  • Photographie
  • Impression numérique d'après diapositive
  • 70 x 54.5 cm
  • 009 84 03

Hinge-Chair, 1970-1971

« Classez les objets par le nombre de combinaisons possibles. Créez des objets architecturaux selon des contradictions fonctionnelles. Faites une "chaise à charnière". Analysez le principe de charnière comme réconciliation de la coupe. Synchronisez les associations dans l’espace et le temps : Quand je bouge quelque chose, je bouge ». R. Abraham

Ce projet fut publié en 1971 dans un numéro de IN consacré à « la destruction de l'objet ». Raimund Abraham aborde la chaise comme support d’une recherche conceptuelle sur l’espace. Il saisit une simple chaise en bois, qu’il coupe sur toute sa hauteur en deux parties égales, puis qu’il reconstitue à l’aide de charnières (« hinge » en anglais). Plusieurs séquences photographiques viennent ensuite mettre en scène un rapport analogique entre l’objet fendu et le corps féminin : une femme nue, assise, ouvre et ferme alternativement ses jambes en totale synchronie avec la chaise. A ses pieds, les morceaux d’une chaise démantelée sont étalés comme les pièces d’un puzzle. Corps et objet semblent donc soumis à l’ordre ambivalent de la charnière, qui réconcilie et unifie puis rejoue l’instant d'après un état déstructuré, parvenant à l'unité au prix d'une entame primordiale. Abraham transfère au plan ontologique cet état schizophrénique, dans une représentation expressionniste très « viennoise » : Au centre du photomontage, il inscrit cette ligne de faille dans le marbre universel d’un monolithe ; la scénarisation du corps, soumis à l’appréhension froide de l’examen clinique, tout comme le traitement radiographique des images, renvoient aux expériences actionnistes et aux installations de Walter Pichler à l’époque (The bed, 1971) ; l’observation frontale du corps féminin, avec sa chevelure hirsute et un mur pour seul horizon, fait surgir le spectre de l’iconographie psychiatrique du siècle précédent. La chaise devient l’élément central d’un dispositif visant l’évaluation d’un état de crise physique et mental.

Aurélien Vernant

Inventaire / diaporama [4]