Recherche avancée

Gordon Matta-Clark

©Olivier Martin-Gambier

  • Office Baroque, Anvers, 1977
  • Photographie
  • 1/1
  • Cibachrome couleur sur papier
  • 74 x 99.5 cm
  • 994 01 05

Office Baroque, Anvers, 1977

Ce travail de montage photographique fut réalisé à l’occasion d’une intervention de Matta-Clark à Anvers en 1977. L’artiste avait jeté son dévolu sur l’immeuble de cinq étages d’une entreprise privée (Marcel Peters), voué à la démolition et situé dans un des quartiers les plus touristiques de la ville. Devant l’interdiction d’intervenir sur l’enveloppe extérieure du bâtiment (l’artiste souhaitait rendre « publique » son action), Matta-Clark dut se contenter de découpes internes. Les entailles traversant l’immeuble de bas en haut obéissent à une progression formelle partant du cercle pour aboutir à des sections de courbes en forme de barque. En perturbant la saisie instantanée d’un espace et son appréhension globale « d’un coup d’œil », Matta-Clark désoriente le regard et oblige à un parcours physique non dépourvu de danger. Il taille dans le matériau pour permettre un nouveau regard, dévoilant l’histoire et les strates du bâtiment. C’est par la création de vides découpés et la volonté de relier le sol et le plafond qu’une expérimentation pleinement sensorielle permettait aux visiteurs de saisir, de « mesurer » la complexité interne du bâtiment. Un film et de nombreuses photographies conservent la mémoire visuelle de cette expérience unique de transformation, dont Matta-Clark a tiré plusieurs œuvres. Composée de plusieurs tirages cibachromes, sous forme de planches contact découpées à la main, Office baroque rend pleinement compte du travail in progress et in situ. Dans une progression spatiale et temporelle mise en forme comme une bande dessinée ou un film, le regard commence par l’extérieur du bâtiment, en haut à gauche, parcourt la façade dans une sorte de travelling, puis zoome sur les fenêtres, avant de pénétrer dans le bâtiment, pour découvrir, en contre-plongée, les ouvertures pratiquées par l’artiste. Le découpage tranché des photographies ainsi que leur agencement légèrement chaotique renvoient au processus même de création des formes, trouées brutales dans l’architecture qui questionnent et remettent en cause son intégrité.

Nadine Labedade

Inventaire / diaporama [1]