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Architecture pour une personne

Architecture pour une personne, 2010

Ai Kitahara
  • Artiste (1966)

À travers une œuvre multiple, où se croisent installations, maquettes et dessins, Aï Kitahara poursuit une réflexion sur l’idée de frontière. Affirmant que « par ses limites, un espace protège en même temps qu’il emprisonne », l’artiste s’attache à représenter cet « entre-deux du dedans et du dehors », ligne visible ou invisible, tant symbolique et psychologique que physique. Souvent, ses œuvres (porte, mur, poignée, seuil) se donnent au regardeur comme des éléments mobiliers quotidiens apparemment familiers. Cependant, en les détachant de leur ancrage concret, Aï Kitahara crée de nouveaux espaces, mentaux plutôt que physiques : une « déterritorialisation » à partir de laquelle elle interroge et repense l’opposition entre inclusion et exclusion. Poignée (2009) par exemple, une poignée de porte accrochée en plein milieu d'une cimaise, suggère par son mouvement rotatif permanent, non pas l'idée d'ouverture mais, au contraire, l'impossibilité d'accéder à ce qui peut se trouver derrière. Confident (2008) est également le fruit d’une rencontre dialectique entre deux éléments contradictoires : un mur incurvé (signe de la séparation et de l'isolement) et un fauteuil, le confident, dénommé aussi « vis-à-vis » au XIXe siècle parce qu'il permettait à deux personnes de pouvoir discuter sans avoir à tourner la tête. On retrouve cette tension dans Seuil-fauteuil (2006) où une porte, plutôt que de séparer, se fait ouverture-siège et propose l'expérience de « s’asseoir sur la limite ». La part la plus récente du travail de Kitahara traduit un questionnement sur la relation entre art et architecture, et plus particulièrement sur la présentation de l’art dans l’espace architectural. Dans Démolir – Reconstruire III (2009) ou Sur le rempart. Banc de corrélation (2008), l'artiste reprend des éléments forts d'un lieu (bâtiments, structures, remparts) pour les transposer dans ce qui s'apparente à la fois à du mobilier et à une maquette d'architecture. Ses œuvres, pensées in situ, jouent avec l'espace même de leur présentation en recomposant et en redéfinissant son architecture.  

Aï Kitahara a étudié à l’Université d’arts de Musashino (Tokyo, 1990), à l'École des Beaux-Arts de Grenoble, à l’Institut des Hautes Études en Arts Plastiques à Paris et à l'École des Beaux-Arts de Nantes (Post-diplôme, 1994-95). Elle vit et travaille à Paris et à Vallières-les-Grands. Elle a exposé à la galerie Chez Valentin (1997), à la Shiseido Gallery (Tokyo, 2007), au Centre d’art contemporain Bouvet Ladubay (2008), à la MA2 Gallery (Tokyo, 2009).