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Angela Hareiter
  • Architecte (1944)

L'architecte autrichienne Angela Hareiter est l’une des rares femmes à avoir participé à la scène radicale des années 1960 et 1970 en Autriche. Un peu avant Coop Himmelb(l)au, Haus-Rucker-Co et Superarchitettura en Italie, elle engage une recherche fondée sur l’habitat mobile, dont elle tire la substance du pop anglo-saxon et d’Archigram. Les quatre premiers projets utopiques qu'elle mène au sein du séminaire de Karl Schwanzer révèlent une vision singulièrement détachée de l'imaginaire expressionniste de ses compatriotes Hollein et Pichler. Elle y prône l'usage du plastique et de la cellule comme modèle idéal d’un urbanisme flexible et relationnel. Après avoir vanté des possibilités formelles et constructives offertes par le PVC et analysé le concept « d’environnement » dans Crack, Plastik explodiert (1965), Hareiter s'intéresse à la cellule qu'elle traite comme une capsule spatiale équipée de multiples appareils audio-visuels et dans laquelle l'usager vient s'immerger (Live Information, 1965-66). L'intérêt qu'elle accorde à la nécessité de nouveaux rapports entre le corps et l'espace se confirme lorsqu'elle collabore avec Laurids Ortner (Haus-Rucker-Co) au prototype du Mindexpander I (1967), un environnement cognitif et sensoriel ouvert à de multiples « possibilités existentielles ». La même année, elle propose Future House (1966-1967), un habitat composé de cellules accrochées à un mât porteur collectif, dispositif variable et interactif. Tout comme le défendait Archigram, l'habitat devient ici un objet de consommation que l'on achète au supermarché et que l'on transporte tel un mobil-home à l'arrière de sa Mustang. Enfin, elle projette dans un quatrième projet un « nuage destiné aux enfants » (Kinderwolken, 1967), une sorte de « cœur » suspendu au-dessus des avenues, espace flexible entièrement dédié au désir et à la liberté. L'architecte poursuivra jusqu’à la fin des années 1970 cette veine expérimentale, à mi chemin entre art et architecture, au sein du groupe Missing Link. Depuis les années 1980, Angela Hareiter partage son activité entre l’architecture d’intérieur et la direction artistique de projets pour le théâtre et le cinéma.

 

Angela Hareiter est diplômée de l’Université Technique de Vienne où elle poursuit ses études entre 1964 et 1968. Sa présence à l'exposition Trigon 1969 à Graz aux côtés de Superstudio, Hans Hollein, Günther Domenig et Eilfried Huth entre autres, sa participation à la première session d'été de l'AA School de Londres en 1970 et la co-fondation de Missing Link en 1970 confirment son inscription au sein de la mouvance radicale. Architecte et designer indépendante depuis 1974, elle a collaboré, avec Karl Schwanzer, Haus-Rucker-Co puis Ortner&Ortner, à des constructions intéressant des programmes très divers (bureaux, pavillons d'exposition, etc.). Entre 1999 et 2005, elle crée des projets de design d'intérieur et de mobilier. Elle est particulièrement remarquée depuis 1975 pour sa direction artistique de nombreux projets de théâtre et de cinéma en Autriche, Allemagne, France et Italie, qui lui vaudront une nomination pour le EmmyAward de Los Angeles en 1978. Ses projets expérimentaux des années 1960 ont été présentés au Centre Pompidou en 2001, dans l’exposition Les Années Pop.


Nadine Labedade, Aurélien Vernant