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Gamma Tokyo

©François Lauginie

Gamma Tokyo, 1985

Nigel Coates
  • Architecte (1949)
www.nigelcoates.com

Plus proche des recherches psychogéographiques des situationnistes ou des associations libres d’Archigram que du cynisme érudit des architectes postmodernes, Nigel Coates défend depuis le début des années 1980 une architecture fondamentalement mouvante et foisonnante, à l’image de la vie. Il considère l’espace construit comme une interface entre le corps et le lieu, innervée d’une multitude de flux, parfois contradictoires. Si la société de l’information transforme le quotidien en spectacle, l’architecte doit s’emparer de l’overdose communicationnelle actuelle pour favoriser l’accident et la rencontre. En 1983, il fonde le groupe NATO (Narrative Architecture TOday) avec d’anciens étudiants, en réaction aux controverses que son enseignement à l’Architectural Association suscite. L’année suivante, ils présentent en guise de manifeste l’installation Gamma City à la Air Gallery (Londres) : objets trouvés, peintures néo-expressionnistes, emprunts à la culture urbaine, croisement de références savantes et populaires sont mis au service d’un architecture « narrative » qui rend compte de la mosaïque de formes et de cultures caractéristique du monde contemporain. Les projets se présentent comme des accumulations d’objets porteurs de récits en attente d’activation. Progressivement, l’« électronique » et les nouvelles technologies de l’information deviennent son paradigme de référence pour la réalisation d’une software city, depuis le night-club, considéré comme le modèle architectural par excellence – festif, lieu de toutes les interactions, où se confondent architecture et event, construction et situations – jusqu’à Internet, devenu le parangon d’une planification urbaine ouverte et plurivoque. Le Japon est le premier pays à lui donner la possibilité de construire : dès 1984, il réalise à Tokyo plusieurs aménagements intérieurs (Metropole, 1985 ; Caffè Bongo, 1986). Les réalisations suivantes, notamment au Royaume-Uni (Powerhouse::uk, Londres, 1998 ; Extension du Geffrye Museum, Shoreditch, 1998 ; National Centre For Popular Music, Sheffield, 1999), témoigneront de son évolution vers un plus grand minimalisme teinté d’une esthétique high-tech, qualifié par certains de « Baroque industriel ».

Architecte et designer anglais, Nigel Coates a étudié à l’Université de Nottingham puis à l’Architectural Association, où il devient enseignant en 1979. Il réalise plusieurs projets et expositions avec le groupe NATO (ArkAlbion, Architectural Association, 1984) dont il s’éloigne progressivement dès ses premières commandes japonaises. À cette occasion est créée en 1985 l’agence Branson Coates avec Doug Branson, rencontré sur les bancs de l’AA. Ils se séparent en 2006. Nigel Coates est l’auteur de nombreux projets expérimentaux, régulièrement présentés sous forme d’installations (Ecstacity, Architectural Association, Londres, 1992 ; Ecstacity, Biennale de Venise, 2000 ; Mixtacity, Tate Modern, 2007 ; Hypnerotosphere, Biennale de Venise, 2008) ainsi que d’ouvrages manifestes (Guide to Ecstacity, 2003 ; Narrative Architecture, 2012). Il est Professeur émérite du Royal College of Art de Londres, dont il a dirigé le département Architecture entre 1995 et 2011.

Gilles Rion