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Etude relative à la commande passée par le FRAC Centre d'une oeuvre conçue autour de la personnalité de René Descartes, 1990

©Olivier Martin-Gambier

Etude relative à la commande passée par le FRAC Centre d'une oeuvre conçue autour de la personnalité de René Descartes, 1990

Ben
(Benjamin Vautier)
  • Artiste (1935)

Né en 1935 à Naples, Benjamin Vautier, dit Ben, arrive à Nice à l'âge de quatorze ans. Dès la fin des années cinquante, dans la mouvance du Nouveau Réalisme et du néo-dadaïsme, Ben se fait connaître par son extravagant commerce de brocante, papeterie, disques, situé 32 rue Tondutti de l'Escarène à Nice. Ce magasin sera pendant 20 ans un lieu de rencontre et de débat important pour l'avant-garde. Un tel espace de production, où tout l'art se trouve remis en question, met à jour l'état d'esprit Fluxus. Films, concerts, représentations théâtrales, éditions de livres, de tracts, performances caractérisent ce mouvement qui déclenchera à travers le monde des comportements spécifiques démontrant que « Tout est Art » ou qu' « Il n'y a pas d'Art ». Plus que jamais, pour Ben, qui en est l'un des grands protagonistes, il s'agit d'une posture face au politique, au culturel et à l'économique qui s'affirme là. La démarche de Ben, qui concilie inextricablement l'art et la vie (« La vie est art »), consiste alors à assainir l'art qui, pour lui, n'a cessé de mystifier l'individualité de l'artiste, sa gloire et son « originalité ». Son écriture et sa signature blanches presque enfantines, ses aphorismes et remarques ironiques se posent partout, sur les murs, les peintures et les objets qu'il crée, dans ses installations et produits dérivés. Commande du FRAC Centre sur l'étude du Patrimoine Littéraire de la Région, l'œuvre Sans titre est conçue autour de la personnalité de René Descartes né en Indre-et-Loire, le philosophe fondateur du rationalisme moderne. Dans cette œuvre, Ben s’interroge sur le rôle et la place de l’art dans notre société. « J’en ai assez des produits d’art donc j’ai conçu un espace où on pourrait remettre l’art en question ». Pour y répondre, il construit un dispositif comprenant plusieurs éléments (un panneau en PVC, un socle, un escalier, un fauteuil et 6 peintures). Tout fonctionne comme une sorte de jeu de l’esprit où les questions de Ben font écho à celles d’autres artistes et écrivains. John Cage : « Il arrive toujours quelque chose. » ; Arthur Cravan : « Tout grand artiste a le sens de la provocation. » ; Picabia : « Où apparaît l’art, la vie disparaît. ». L'inscription « Je doute donc je suis » renvoie aux pancartes publicitaires et donc à la pensée comme slogan, mais aussi aux pancartes des manifestants, où le message est une prise de parole militante. Ben met en place un véritable espace de réflexion et de dialogue, tout autant physique que mental.

Nadine Labedade